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@ssociation le Mat Drôme

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Développement du lien social et agriculture urbaine dans un quartier sensible à Valence

Article pour Chairecoop "Une oasis au coeur sensible... de la cité"

Article du Mat publié sur le site Chairecoop.org :

«RIGAUD », une oasis au cœur sensible…de la cité.

L’histoire de l’association Le Mat, que nous présentons ici démarre dans les années 1986-1988, dans un quartier qui offre un environnement très vertical, bétonné et dur : Fontbarlettes à Valence le Haut. Des militants alternatifs, déjà investis dans la relance de la filière laine en Ardèche (ARDELAINE) et forts de ces pratiques, s’associent à une équipe locale, afin de transposer leurs savoirs faire acquis en milieu rural, sur ce quartier populaire de Valence classé en « ZUS » (Zone urbaine sensible).

Nourrie des valeurs de l’éducation populaire et de la dynamique du « Faire avec », l’équipe comprend très vite que la principale richesse de ces quartiers dits «difficiles », ce sont précisément les personnes qui y vivent. Miser sur les ressources humaines du quartier sera la clef de voute du développement futur des actions, restaurant ainsi les liens de confiance entre les personnes. Dès le départ, les habitants sont considérés comme responsables et associés pleinement à une dynamique de projet de territoire.

Notre méthode, qui entend créer une dynamique organique pour le territoire, s’enracine dans l’œuvre de l’artiste Ben Vautier et de son aphorisme : « ce que l’on fait, pour les autres, sans les autres, c’est contre les autres ». ( Œuvre exposée au MAC de Lyon pour la grande rétrospective de Ben Vautier, intitulée « Strip tease intégral » en 2010).

De fil en aiguille, nous avons partagé de nombreux projets avec les habitants et échangé encore avec beaucoup d’autres autour de petits gestes d’embellissement, comme des bacs « squattés » en pied d’immeubles. C’est de ces échanges qu’a émergé l’idée de créer des jardins au beau milieu du quartier. Baptisé « l’Oasis Rigaud », ce projet a vu le jour en 2003 et depuis, ne cesse de s’agrandir sur plus d’1 hectare cultivé en plein cœur de ce quartier populaire de Valence. [1]

La démarche d’une localisation des jardins en pied d’immeubles, au milieu des espaces de vie, est prépondérante ; à l’opposé des implantations périphériques qui ne profitent qu’aux seuls usagers et qui ne créent pas de dynamique d’appropriation. C’est également la condition sine qua non pour aboutir à une véritable notion d’échange, de jardin partagé. Le jardin devient un espace où les personnes se construisent pour elles-mêmes et toutes ensembles. Un jardin crée un autre paysage pour tous les autres, alentour ; un espace occupé d’activités positives et structurantes, une mosaïque humaine où de nouveaux liens se tissent harmonieusement. La plus-value générée par cet écrin de cultures et de biodiversité, au milieu d’un quartier d’habitat populaire, n’est pas quantifiable, tant elle touche au paysage mental et au mieux être économique (par la fonction vivrière), à la paix sociale, à l’image de soi et à l’acceptation des autres.

Dans les jardins, on compte actuellement une cinquantaine de familles du quartier qui occupent chacune une parcelle différente. Plusieurs classes et écoles du quartier y ont également leur propre espace d’activité et de jardinage. Il y a également un groupe de résidents de la maison de retraite riveraine, qui dispose d’une parcelle aménagée, avec des équipements conçus et fournis par l’association pour un jardinage adapté (en fauteuil), une parcelle collective expérimentale pour un groupe en réinsertion sociale, une petite parcelle ouverte à de jeunes actifs du centre-ville, en recherche d’espaces à cultiver et de mixité sociale !

Les deux grandes nouveautés depuis 2011 – hormis l’ouverture aux personnes extérieures au quartier – c’est la mise en place d’une aire de compostage et d’une parcelle de production propre à l’association. Les jardins partagés changent donc de paradigme. D’un projet axé sur le cadre de vie et le lien social, les savoir-faire et être des habitants-jardiniers, nous nous orientons désormais vers un mouvement d’agriculture urbaine et d’aménagement du territoire, mené par une « micro-paysannerie » renaissante. En effet, deux filières complémentaires et réellement locales ont été mises en activité :

  • production de compost issu des déchets verts du jardin et des déchets de la table des habitants riverains qui permet d’enrichir les cultures ;
  • production de plants et de cultures de légumes et d’aromatiques (produits qui sont ensuite transformées par nos soins et commercialisées sur les marchés de Valence – bocaux, sirops…) ;

Ceci permet de créer une activité de production et de valorisation des ressources locales et des habitants du quartier, dans une démarche d’autonomie financière progressive pour l’association et de développement de liens avec des consommateurs solidaires extérieurs au quartier. L’ensemble de ces initiatives découle systématiquement d’une démarche coopérative entre les jardiniers et acteurs bénévoles, les administrateurs et les jeunes salariés en création d’activité. Pour résumer, à l’Oasis Rigaud, la dynamique se nourrit de la participation volontaire et des compétences de chacun. Les personnes impliquées peuvent s’emparer de leur capacité citoyenne. Au final, il s’est construit une authentique coopérative, où chacun profite de la richesse du groupe, sans préjuger de sa position initiale.

[1] Plusieurs phases se sont succédées : 3.600 m² en 2003 ;+ 4.000 m² en 2010-2011 ;+ 4.000 m² (cour d’immeuble reconvertie en jardin paysager et potager en 2011-2012) ;+ 1.000 m² de jardins partagés entre habitants et scolaires en création pour 2013-2014

Contact. Xavier Hubert. Association Le Mat Drôme. 4 allée Séverine 26000 Valence.

Courriel : mat.valence@gmail.com .

Site internet : http://mat.valence.over-blog.org

Crédits photos Association le Mat Drôme.

CHAIRECOOP. Juillet 2013.

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