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@ssociation le Mat Drôme

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Développement du lien social et agriculture urbaine dans un quartier sensible à Valence

Mat'sélection : Les mauvaises herbes ont droit de cité

Les mauvaises herbes ont droit de cité

Dans les villes de Pologne poussent encore de nombreuses herbes folles. Mais on persiste à les arracher.

18.08.2011 | Maja Mozga-Gorecka | Rzeczpospolita

 

n° 1085 du 18/08/2011

 

Il y a quelques années, le biologiste et écologiste Lukasz Luczaj a eu l’idée de créer une parcelle de pâturage en plein centre-ville de Krosno, dans le sud-est de la Pologne. Sur quelques mètres carrés de terre, il a réussi à faire pousser des plantes à partir de graines qu’il a lui-même récoltées : des nielles des blés, des bleuets des champs, de la camomille, des vesces et des coquelicots. “Les gens ont appelé la mairie pour savoir ce que ces herbes folles faisaient là. Les employés municipaux se sont rendus sur les lieux”, ils ont tout arraché. Son pré n’a duré qu’un été.

“Pour beaucoup, les mauvaises herbes sont synonymes de nuisance et de désordre”, poursuit M. Luczaj. Depuis dix ans, il vend des graines qu’il récolte à la main sur une parcelle de 17 hectares, située dans un village aux pieds des Carpates. Il y fait pousser des espèces menacées de disparition, comme la nielle des blés ou le chrysanthème des moissons. “Il fut un temps où les mauvaises herbes avaient leur place. La vesce grimpait sur la clôture, le chardon poussait dans les haies et les champs de céréales étaient mouchetés de bleu et de rouge par les bleuets et les coquelicots. Aujourd’hui, on utilise des herbicides partout : les mauvaises herbes ne correspondent pas à l’image d’une Pologne moderne, propre et européenne”, regrette M. Luczaj.

La phytosociologie explique que les mauvaises herbes sont des plantes qui accompagnent les cultures céréalières. Mais, dans le cas de jardins et d’espaces verts urbains, il n’est pas question de ­productivité ; on a tendance à ranger parmi les mauvaises herbes les espèces locales, qui poussent spontanément et non selon un plan préétabli. Et, une fois décrétée “mauvaise”, la plante est vouée à l’extinction. Elle est bonne à jeter, et on ne se souvient même pas de son nom. “Elles n’ont plus d’identité”, explique Piotr Medrzycki, biologiste de l’Ecole supérieure d’écologie et de gestion, à Varsovie.

“On trouve environ 200 espèces de plantes sur une pelouse naturelle, alors qu’un sachet de gazon industriel en contient seulement 15. Et il s’agit d’espèces sensibles à la sécheresse et aux inondations, alors que les espèces locales, elles, résistent bien”, explique M. Medrzycki.

Selon lui, les villes comme Varsovie sont en passe de détruire leur identité écologique, comme cela s’est passé à Londres : quand l’ONG britannique Livingroofs a milité pour l’installation de jardins sur les toits des maisons londoniennes, on ­pensait que les pelouses allaient se constituer d’elles-mêmes [avec des graines transportées par le vent]. Mais cela n’a pas marché, faute d’espèces survivantes.

“Il est pourtant possible d’aménager son jardin de façon écologique”, explique l’architecte paysagiste Agnieszka Duc. “C’est simple, on plante des espèces qui poussent localement, ce qui permet d’assurer la continuité de l’écosystème local. On n’a pas besoin de produits chimiques, les plantes combattent la vermine naturellement. On n’est pas obligé non plus d’arroser et de se soucier de la beauté de la végétation. Dans un grand jardin, il suffit d’avoir un herbage qu’on fauche deux fois par an. Mais, pour la majorité des gens, la sobriété associée aux mauvaises herbes rappelle l’époque communiste et ses privations. C’est dommage, parce que ces plantes se marient très bien avec l’architecture moderne, contrastant avec les matériaux les plus élaborés.”

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